Pour cette sculpture, j’emprunte les mots d’une autre, pour qui j’ai le plus grand respect.










Extrait de « Ce qui reste », dans La mort n’est jamais comme, de Claude Ber.
Ce qui reste
Ce qui reste parfois je l’appelle poème
car toujours le poème n’est que
ce qui reste une fois que
après que
avant que
ou alors il ne reste rien
ce qui reste de mémoire dans le corps et ce qui reste de mots pour dire une fois tu l’emballement des mots qui s’écoutent
– peut-être par défaut mais c’est le mot qui me reste-
comme
d’ici où j’écris sans savoir ce qui va rester ou même s’il va rester
comme
par exemple quand une fois déserté et déshabité – enfin – le nom
il ne reste que
ce qui reste de la soustraction
– quand écrire est soustraire et par ce retrait saisir-
ce peut être
parfois
ce qui reste de la poésie
Quant à ce qui reste du poème ou s’il en reste, il m’arrive de m’en inquiéter comme d’une parole de ma mort tout en sachant qu’elles sont indifférentes cette parole et ma mort. Je m’en inquiète par sursauts du corps et de la conscience, mais jamais autrement. Sinon la colère m’envahit comme si me menaçait cette asphyxie que provoquent les systèmes avec leurs orthodoxies et leur anathèmes. Cela est sans doute injuste, mais tant pis. J’ai préféré les mystiques aux dévots et le silence aux dogmes. Si bien que je profère peu de paroles que je ne rature aussitôt après jusqu’à ce qu’il n’en reste rien ou presque rien. Cette lacération de beaucoup de ce que je dirais et cette douleur c’est ce qui reste de mon histoire avec la philosophie. Quelques fragments des cahiers de Wittgenstein et la définition spinoziste du bien comme augmentation dans l’être et du mal comme diminution dans l’être,
c’est ce qui reste
avec le poème
avec le poème surtout
comme un essai très difficile très prudent de réconciliation
tant je redoute ce qui se dit de et ce qui se dit sur
comme un essai de parole
qui cesse de
et cette cessation
ce qui reste une fois que cesse la tyrannie de la parole
je l’appelle poème
De toute façon ce qui reste, je l’entends ceux qui restent
écoutant ta mort dans les mots
qui ôte parole à la parole
et ce qui reste quand on est de ceux qui restent et soi-même ce qui reste
est tellement rien de la parole
absence de langue dans cette absence qu’est déjà la langue
trou dans un trou
que
les mots disant ce vide et cette absence les comble
comme
les pelletées de terre comblent la tombe
et les mots qui restent emplissent ma bouche
comme
la terre emplit la tienne
(…)

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